Les pilleurs pillés ! par Mbaindorem Alphone

En effet, dans la journée du 2 au 3 février dernier, une grande partie de N’Djamena a été mise à sac par la population. Chacun voulait par cette occasion s’offrir sa part de gâteau qui tarde à venir. Que n’a-t-on pas vu et entendu ? Les deux avenues principales du quartier sud à savoir l’avenue Mobutu et Charles De Gaulle étaient noires de monde comme si les gens vaquaient normalement à leur occupation. Tous se dirigent vers le centre ville et parfois sous les balles pour aller chercher leur butin. La plus grande majorité était jeune parce qu’ils constituent la couche la plus désoeuvrée et la plus désemparée.

Article mis en ligne le 22 mars 2008 par Douanodji Appolinaire
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Les pilleurs pillés !

Pillons et pillons encore et il en restera quelque chose, pour paraphraser un homme de culture très célèbre. A qui profite ce pillage ? Et l’idée même de piller est venue d’où ? De qui ? A quel fin ? En effet, dans la journée du 2 au 3 février dernier, une grande partie de N’Djamena a été mise à sac par la population. Chacun voulait par cette occasion s’offrir sa part de gâteau qui tarde à venir. Que n’a-t-on pas vu et entendu ? Les deux avenues principales du quartier sud à savoir l’avenue Mobutu et Charles De Gaulle étaient noires de monde comme si les gens vaquaient normalement à leur occupation. Tous se dirigent vers le centre ville et parfois sous les balles pour aller chercher leur butin. La plus grande majorité était jeune parce qu’ils constituent la couche la plus désoeuvrée et la plus désemparée.

Ainsi, nous avons posé une question pour comprendre ces agissements. La réponse est pourtant pareille : « Nous avons marre, nous voulons le changement, nous avons assez du chômage, de la pauvreté, et comme ceux qui se battent sont tous riches, nous les pauvres on n’en profite aussi, la guerre ne finira jamais dans ce pays. Il faut profiter avec les autres. C’est comme ça que beaucoup de tchadiens sont devenus riches » etc. Mais quel gâchis !

Ce que le Tchad a perdu en deux jours en termes d’archives, de documentation, du mémoire du peuple tchadien, dépasse tous les autres évènements que le pays a connus jusqu’à ce jour… Des domiciles privés, des bibliothèques, des immeubles abritant les grandes institutions de l’Etat, les marchés et les boutiques etc. ont reçu la visite des pilleurs. Si certains ont craché leur ras-le-bol par rapport au régime en place et les autres chefs de guerre en pillant, d’autres par contre trouvent en cela un moyen de régler des comptes à des ennemis. Toutes les scènes de pillages ont été opérées massivement dans les quartiers et périphéries sous contrôle des assaillants.

Cependant, le retour du bâton va être très fatal pour les populations de la capitale qui ne sont pas encore près pour oublier les séquelles. Les fouilles pour retrouver les objets pillés ou volés n’épargnent personne. Et pourtant, tout le monde n’a pas participé au pillage, tout le monde n’a pas volé. Mais cette histoire de fouille a replongé la capitale dans la psychose d’un drame perpétuel. Il n’a pas de paix physique ni de cœurs. De jour comme de nuit ils peuvent débarquer chez vous, armés jusqu’aux dents, cassent les portent, pénètrent les chambres, fouillent en emportant tout ce qu’ils veulent. On note même des cas de viols et assassinats lors de cette opération.

Ce comportement aurait été digne des rebelles que des loyalistes puisqu’ils ont la situation en main et leur premier devoir est de sécuriser la ville, les citoyens et leurs biens. S’il est vrai que certains quartiers ont eu chaud après la débâcle des rebelles pour les avoir acclamé, accueilli avec des youyou, des chants, en leur servant d’eau, de nourriture etc., cette pratique ne date pas d’aujourd’hui. Elle est vieille comme les histoires de rébellions au Tchad. Et chacun des chefs de guerre a eu sa part de cette hostilité. Aussi, pour avoir la gentillesse d’ouvrir son cœur au premier venu, certains citoyens de la capitale ont élu définitivement refuge au camp des réfugiés à Kousseri au Cameroun. La pauvre population mérite bien d’être affublée de tous les maux par les autorités pour son incivisme caractérisé à travers les pillages. Mais, au Tchad, les pillages ne datent pas d’aujourd’hui et c’est comme ça que le pays est assis jusqu’à nos jours.

MBAINDOREM ALPHONE

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