La guerre entre le Tchad et le Soudan, par mouvements rebelles interposés, a été l’occasion d’une débauche financière sans précédent dans l’histoire conflictuelle de notre pays. Le pouvoir de N’Djaména, grâce aux confortables revenus pétroliers encaissés ces deux dernières années, a acheté en Europe de l’Est et pour plusieurs milliards de dollars, une quantité très importante d’armes de guerre. L’armée, pendant toute cette guerre contre les rebelles tchadiens de l’Est, a été aux petits soins. Les officiers supérieurs et autres dignitaires du régime ont été “arrosés” d’argent pour eux-mêmes et pour leurs parents qui ont massivement rejoint les rébellions et qu’ils ont pour mission de ramener au bercail. Beaucoup de ceux-là ont, tout simplement, rallié les rebelles avec armes, bagages et finances. la crise réelle que traverse le pays, et dont se rendent déjà compte ces rébellions à l’Est, trouve une autre expression dans des heurts communautaires aussi meurtriers que les accrochages entre l’Armée nationale tchadienne et les rebelles. Manifestement sur le point d’être débordé par la situation, le régime fait feu de tout bois : offensive diplomatique généralisée et onéreuse contre le voisin soudanais et ses visées destabilisatrices du Tchad ; instauration de l’état d’urgence avec des ministres résidents investis de tous les pouvoirs et dotés de moyens financiers importants ; traque et bâillonnement systématique des nanti patriotes intérieurs, taxés souvent “d’intelligence avec l’ennemi”.
Il y a aussi, et surtout, cette campagne nationale pour la réconciliation et la paix qui se fait à coups de millions de CFA et qui se révèle, en définitive, être un créneau très porteur pour de “patriotes” charlatans en quête de gain facile. Comme le montrent les déchirements dans certaines organisations autour des millions reçus pour aller crier la paix dans tout le pays. En dehors de la débauche financière indécente et des déchirements, aux antipodes des résultats attendus, cette campagne pour la paix n’a rien donné. Et il en sera certainement ainsi tant que les méthodes employées pour la recherche de la paix ne seront qu’une tentative de contourner le dialogue inclusif réclamé par tous. La crise tchadienne, on l’a toujours dit, est profonde et globale. Les tentatives de règlement circonscrites comme les accords parcellaires avec les rebelles, la mesure d’état d’urgence ou des campagnes de paix, qui sont l’occasion de dilapidation des ressources nationales ; sont vaines. En témoigne la persistance des conflits intercommunautaires et des foyers de rébellions à l’Est, malgré plusieurs mois d’état d’urgence et des accords signés avec quelques mouvements rebelles. Seul un dialogue inclusif et sans tambours permettra d’exorciser le mal vivre ensemble tchadien et donc, d’instaurer une paix définitive dans le pays.
La rédaction